
L'été 2026 a rappelé à Genève ce dont un orage est capable. Plusieurs épisodes violents ont traversé le canton en quelques semaines, avec des caves et des parkings noyés, des routes coupées, plus de cent cinquante interventions de pompiers sur une seule soirée pour l'un d'entre eux, et jusqu'à quatorze mille foyers privés d'électricité lors d'un autre. Ces chiffres, rapportés par la presse locale, décrivent un phénomène qui n'a rien d'exceptionnel : il revient chaque année, et il reviendra.
Ce qui surprend en revanche, c'est la façon dont l'eau entre. Presque jamais par où l'on regarde.
Chemin numéro 1 : le ruissellement de surface
C'est le plus visible et le plus intuitif. Quand il tombe en vingt minutes ce qui tombe habituellement en un mois, l'eau ne s'infiltre pas : elle glisse. Elle suit la pente, s'accumule dans les points bas, et trouve les ouvertures. Dans un immeuble genevois, ces ouvertures sont toujours les mêmes : un saut-de-loup devant une fenêtre de cave, une rampe de garage souterrain, un escalier extérieur descendant vers un local technique, une grille de cour intérieure débordée.
Aucun équipement de relevage ne protège de ce chemin-là, parce que l'eau ne passe pas par les canalisations. Les parades sont architecturales : relever le seuil, poser une bordure ou un batardeau amovible, entretenir les grilles d'évacuation et vérifier qu'elles ne sont pas obstruées par des feuilles. C'est un point de contrôle qui coûte dix minutes et qui se fait avant la saison, pas pendant.
Chemin numéro 2 : la saturation du réseau et le refoulement
Celui-ci est nettement plus insidieux, parce que l'eau arrive par l'intérieur. Elle ressort par la grille de sol de la buanderie, par le WC de cave, par la douche du sous-sol. Le principe est simple : quand le collecteur de la rue est plein, il cherche un exutoire, et le point bas de votre bâtiment en est un.
Le risque dépend directement du type de réseau. Une partie du territoire genevois est encore desservie par un réseau unitaire, où eaux usées et eaux de pluie partagent la même conduite. Un orage y injecte d'un coup un volume sans commune mesure avec le débit sanitaire quotidien, et la mise en charge est rapide. En réseau séparatif, les eaux de pluie disposent de leur propre conduite vers le cours d'eau, ce qui décharge d'autant la conduite d'eaux usées.
S'ajoute un facteur de fond : l'imperméabilisation. Chaque surface bitumée ou bâtie renvoie au réseau une eau que le sol absorbait autrefois. Le réseau, lui, a été dimensionné pour des intensités de référence, pas pour tout épisode possible. La protection contre ce chemin est le dispositif anti-retour, avec ses vertus et ses limites, détaillées dans refoulement d'égout et couverture d'assurance. C'est aussi l'article à lire avant de supposer que le sinistre sera pris en charge.
Chemin numéro 3 : le relevage qui lâche au pire moment
C'est celui dont on parle le moins, et c'est souvent le plus déterminant. Un sous-sol équipé de sanitaires dépend d'une pompe pour évacuer. Pendant un orage, cette pompe subit trois contraintes simultanées.
- Un volume anormal à traiter. Des eaux claires parasites s'invitent dans la cuve, par une infiltration, un drain mal raccordé ou une grille extérieure reliée au mauvais réseau. La pompe enchaîne les cycles à un rythme qu'elle ne connaît pas le reste de l'année.
- Une contre-pression au refoulement. Si le collecteur est déjà en charge, la pompe doit vaincre une pression plus élevée qu'à l'ordinaire. Son débit réel chute au moment précis où il faudrait qu'il monte.
- Une coupure de courant. Les orages coupent l'électricité, et une pompe sans alimentation est une cuve qui se remplit. C'est le point aveugle de la plupart des installations genevoises.
À ces contraintes s'ajoute l'état réel du matériel. Une pompe qui tient tout juste la charge un jour ordinaire ne tiendra pas un jour d'orage. Les signaux d'une installation en limite sont connus : cycles rapprochés, démarrages laborieux, alarme qui se déclenche occasionnellement sans qu'on sache pourquoi. Ils sont détaillés dans pompe de relevage qui ne démarre plus.
Le PGEE, la mise en séparatif et ce que doit le propriétaire
Le canton planifie l'évolution de son réseau à travers le plan général d'évacuation des eaux, le PGEE, établi à l'échelle communale. C'est ce document qui définit, secteur par secteur, si l'on reste en unitaire ou si l'on passe en séparatif, et qui programme les travaux de collecteurs correspondants.
Deux conséquences concrètes pour un propriétaire genevois, qui découlent du règlement d'exécution de la loi cantonale sur les eaux :
- Le raccordement est à la charge du propriétaire. Chaque propriétaire doit raccorder à ses frais les canalisations d'évacuation de son bâtiment aux réseaux publics appropriés. Quand un secteur passe en séparatif, la mise en conformité de la partie privée suit, et elle se paie.
- La gestion des eaux de pluie peut être imposée à la parcelle. Le département peut exiger des mesures d'infiltration ou de rétention sur le terrain lui-même, le raccordement en séparatif n'intervenant que lorsque ces mesures ne sont pas réalisables à un coût proportionné.
Pour une régie, cela vaut la peine de savoir à l'avance dans quel secteur se trouve chaque immeuble du portefeuille : un passage en séparatif programmé se budgète, il ne se découvre pas. Pour comprendre l'architecture d'ensemble du réseau genevois, voir où vont les eaux usées à Genève.
Que faire pendant l'orage, et juste après
Pendant l'épisode, la priorité est la sécurité et la limitation des dégâts, dans cet ordre (la marche à suivre complète, minute par minute, est dans cave inondée : comment réagir) :
- Ne descendez pas dans un sous-sol en train de se remplir. Eau et électricité ne se négocient pas. S'il y a de l'eau au sol et des équipements sous tension, on n'entre pas.
- Coupez l'alimentation du sous-sol au tableau, si et seulement si le tableau est accessible en sécurité et hors d'eau.
- Arrêtez tous les rejets d'eau du bâtiment. Machines, douches, WC : chaque litre envoyé dans une cuve qui ne se vide plus aggrave la situation.
- Photographiez. Niveau atteint, biens touchés, heure. Ces images valent beaucoup au moment de la déclaration, et elles ne se rattrapent pas après le nettoyage.
Une fois l'eau redescendue, la tentation est de sécher et de passer à autre chose. C'est une erreur : une installation de relevage qui a fonctionné en surcharge, ou qui a été noyée, doit être contrôlée. Isolation électrique du moteur, état de la roue, propreté des flotteurs, tenue du clapet. Un contrôle après sinistre évite la seconde panne, celle qui arrive trois semaines plus tard sans prévenir.
Se préparer avant la saison, pas pendant
Les épisodes orageux se concentrent sur l'été et le début de l'automne. La fenêtre utile pour agir se situe donc au printemps et en début d'été, quand les entreprises sont disponibles et les délais courts. Une visite de préparation couvre l'essentiel : test réel de la pompe et de l'alarme, contrôle du clapet, inspection des grilles et sauts-de-loup, vérification que le volume tampon correspond encore à l'usage du bâtiment.
C'est le cœur d'une maintenance préventive, et pour un parc immobilier cela se planifie en une campagne annuelle plutôt qu'immeuble par immeuble. Nous intervenons dans l'ensemble du canton.
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